Les entreprises africaines bénéficient-elles réellement des investissements extérieurs?
C’est une question fréquente dans nos milieux entrepreneuriaux. Nourrie entre autres par des rapports pessimistes décrivant un continent presque pas attractif pour les investisseurs.
C’est une croyance tenace. Un aveu que nous ne pouvons financer l’innovation. Ainsi le monde appréhende l’écosystème entrepreneurial africain. Ainsi nous acceptons de le croire.
Pourtant sur la base des évidences, des données existantes, le continent est beaucoup mieux positionné que d’autres parties du monde.
Les données de l’année 2024 le démontrent. Record d’injection de capitaux et de transactions conclues, licornes émergentes, fonds d’investissement spécifique…
Nous vivons une transformation profonde de l’écosystème entrepreneurial africain. Une transformation qui dépasse l’accumulation de capitaux.
C’est cela l’Afrique dont on parle peu. Cette force sournoise d’attraction des capitaux que certains saisissent sans que d’autres ne la voient même. De quoi certains profitent alors que d’autres n’y croient même pas.
C’est cette Afrique que je peins à l’analyse des données 2024.
Ce bilan offre des réponses précises à nos multiples interrogations. Il dessine les contours d’un écosystème entrepreneurial mature, résilient et innovant.
L’anatomie financière de l’écosystème africain
Pour comprendre la réalité de l’investissement en Afrique, il faut d’abord saisir l’ampleur des flux financiers qui irriguent le continent.
L’African Venture Capital Association révèle que les startups africaines ont levé 3,6 milliards de dollars en 2024, incluant 1 milliard de dollars en venture debt. TechCabal confirme cette tendance avec 2,21 milliards de dollars en financement VC pur sur 488 transactions. Partech, de son côté, comptabilise 3,2 milliards de dollars en equity et debt funding combinés.
Le fait ici est que entre 2,2 et 3,6 milliards de dollars ont été investis dans l’écosystème startup africain en 2024. Une fourchette témoignant de la maturité croissante d’un écosystème capable d’attirer des volumes importants de capitaux.
Mais ces investissements directs ne constituent que la partie visible d’un iceberg financier bien plus imposant. On note aussi la création de nouveaux fonds pour l’Afrique et de la plus grande mobilisation de capitaux publics jamais dédiée aux startups africaines via le PNUD.
La Banque Africaine de Développement complète ce tableau avec un investissement record de 11 milliards de dollars en 2024.
Le total de ces différents flux financiers dépasse les 15 milliards de dollars. Environ 0,5% du PIB continental.
C’est énorme.
Un ratio qui place l’Afrique dans la moyenne mondiale pour l’investissement en innovation.
Cette réalité financière contraste avec la perception commune d’un continent sous-capitalisé. Elle révèle l’existence d’un écosystème d’investissement structuré, diversifié et en croissance.
Mais plus encore, notons la résilience de cet écosystème face aux turbulences mondiales. Par rapport à 2023, TechCabal note une baisse de 22,73% d’investissement vers l’Afrique en 2024. Partech confirme une diminution de 7%. Ces chiffres, apparemment négatifs, cachent une réalité plus nuancée. La baisse de 7% en Afrique contraste avec des effondrements sévères dans d’autres régions émergentes.
Plus révélateur encore, le second semestre 2024 a vu une augmentation de 24,96% par rapport au second semestre 2023. Une reprise signalant une capacité de rebond remarquable.
Partech l’exprime clairement: « L’écosystème VC africain reste résilient, reflétant le marché VC global, mais sans bénéficier (pour l’instant) du boost lié à l’IA qui représente maintenant 30% du financement VC mondial. »
Cette observation souligne l’ancrage de l’innovation africaine dans les besoins réels du continent plutôt que dans les modes technologiques passagères.
Les champions de la transformation
Alors, qui incarne cette transformation. Qu’est ce qui prouve que l’Afrique sait créer des champions mondiaux?
Commençons avec Moniepoint. Une fintech authentiquement nigériane. Une invention pure inspirée d’un réel problème local: l’insuffisance de distributeurs automatiques de billets de banque (ATM).
Selon la Banque Mondiale, le Nigeria compte seulement 16,15 ATMs pour 100 000 adultes. Son commerce informel représente 60% du PIB. Ces réalités, que beaucoup perçoivent comme des handicaps, Moniepoint les transforme en fondations de son empire.
En créant un réseau de 200 000 agents équipés de terminaux de paiement. En transformant de petits commerçants en « ATM humains ».
Un concept simple. Une idée milliardaire.
Pas étonnant qu’en octobre 2024, Moniepoint devienne la huitième licorne africaine. Se voyant valorisée à plus d’1 milliard de dollars. Réussissant une levée de $110 millions de Google.
TymeBank, une banque digitale sud-africaine, est l’autre champion africain ayant rejoint le club des licornes en 2024. Une levée de $250 millions de Nubank propulse sa valeur à 1,5 milliard de dollars.
L’entreprise a identifié que beaucoup d’Africains préfèrent encore les interactions face-à-face pour leurs services financiers. Particulièrement pour l’ouverture de comptes ou les opérations importantes. TymeBank a intégré cette préférence dans son modèle plutôt que de la combattre.
Elle noue des partenariats avec des chaînes de supermarchés. L’idée est de répandre kiosques et ambassadeurs dans ces magasins. Objectif: aider les nouveaux clients à ouvrir des comptes et effectuer des dépôts. Transformer l’acte d’achat quotidien en opportunité d’inclusion financière.
TymeBank sert aujourd’hui 15 millions d’utilisateurs à travers l’Afrique du Sud et les Philippines. Son expansion internationale démontre la transposabilité de son modèle vers d’autres marchés émergents.
La réussite de Moniepoint et TymeBank révèle un modèle fondamental. Les deux géants ne nient pas les spécificités locales africaines. Ils les embrassent et les transforment en avantages concurrentiels.
Ils innovent à partir des contraintes africaines plutôt que malgré elles. Ils construisent des solutions hybrides qui combinent sophistication technologique et adaptation culturelle.
C’est cela la voie africaine de l’innovation.
L’explosion de l’offre de capitaux
Mais d’où vient l’argent? Parlons de la révolution au niveau des investisseurs.
L’année 2024 marque un tournant dans la structuration de l’offre de financement dédiée à l’Afrique. La création de 31 nouveaux fonds de venture capital spécifiquement pour l’Afrique révèle une transformation profonde. C’est 3 milliards de dollars de capitaux frais, prêts à être déployés sur les prochaines années.
Les investisseurs ne perçoivent plus le continent comme un marché monolithique. Ils le segmentent, le spécialisent, le comprennent. Fini donc le temps des approches généralistes. Place aux expertises sectorielles et géographiques distinctes.
Mirova Gigaton Fund a disponibilisé 282 millions de dollars dédiés exclusivement aux énergies renouvelables africaines. Un fonds parisien qui cible des tickets de 5 à 15 millions de dollars. Systèmes solaires domestiques, agri-solaire, mini-grids, mobilité électrique.
L’Apis Growth Markets Fund III adopte une approche différente. Un fonds londonien proposant des tickets de 60 à 70 millions de dollars. Dédiant 500 millions de dollars spécifiquement à la fintech africaine en phase de croissance.
Le fonds Norrsken22, avec des bureaux à Stockholm et Kigali, combine spécialisation sectorielle et géographique. Au total, 205 millions de dollars pour les Series A et B jusqu’à 10 millions de dollars en fintech, edtech et medtech. Sa présence physique au Rwanda signale une confiance dans l’écosystème africain.
Cette diversification dépasse les domaines traditionnellement dominants. Le Sony Innovation Fund Africa avec ses 10 millions de dollars cible spécifiquement le divertissement en Afrique du Sud, au Kenya, Nigeria et au Ghana. L’African Innovation Fund de Core DAO mise 5 millions de dollars sur le web3 africain.
Les investisseurs explorent des domaines émergents. Gaming, musique digitale, stablecoins, DeFi adaptée aux besoins africains. C’est la preuve de la maturité du continent.
La géographie de ces nouveaux fonds révèle également une évolution notable. Plusieurs fonds se spécialisent sur l’Afrique francophone. Longtemps négligée par les investisseurs internationaux. Saviu II Fund avec ses 13 millions de dollars cible spécifiquement cette zone. Joliba Capital Fund I se concentre sur l’Afrique occidentale et centrale francophone avec ses 59 millions de dollars.
Cette spécialisation géographique reconnaît les spécificités linguistiques, réglementaires et culturelles africaines. Elle abandonne l’approche pan-africaine indifférenciée pour des stratégies contextualisées. Enfin!
Mais le plus important…
L’émergence d’investisseurs africains est certainement l’évolution la plus importante de 2024. Pour la première fois dans l’histoire moderne du continent, des fonds africains mènent en Venture Capital. Huit fonds africains ont clôturé 736 millions de dollars en 2024. Une augmentation de 41% par rapport à 2023.
Cette croissance témoigne de la maturation d’une classe d’investisseurs locaux capable de mobiliser d’importants capitaux. Elle réduit la dépendance aux investisseurs internationaux. Elle crée un écosystème plus autonome.
Les investisseurs africains comprennent mieux les nuances culturelles, les cycles économiques, les opportunités spécifiques du continent. Ils apportent une expertise contextuelle que les investisseurs internationaux, malgré leur bonne volonté, peinent à développer.
C’est une émancipation financière qui se dessine.
Timbuktoo: l’architecture d’une révolution entrepreneuriale
Il y a des initiatives qui marquent l’histoire. Timbuktoo en fait partie.
Lancée en janvier 2024 au Forum de Davos, cette initiative du PNUD mobilise 1 milliard de dollars. Pas selon une logique classique de distribution de capitaux. Selon une approche inédite qui révolutionne la manière de penser le financement entrepreneurial africain.
La structure financière de Timbuktoo révèle une compréhension sophistiquée des défaillances de marché qui limitent l’accès au financement précoce en Afrique. L’initiative combine 350 millions de dollars de capital catalytique avec 650 millions de dollars de capital commercial. Objectif, « dé-risquer et attirer le capital de risque early-stage à grande échelle ».
Ceci est phénoménal.
Le capital catalytique fonctionne comme un amorçage. Il finance les phases les plus risquées, celles où les investisseurs privés hésitent à s’engager. Il assume les risques initiaux pour démontrer la viabilité des modèles économiques africains. Puis attirer les investisseurs privés.
Le capital commercial complète ce dispositif en apportant les volumes nécessaires à la croissance. Une fois les risques réduits par le capital catalytique, les investisseurs privés peuvent intervenir avec des tickets plus importants.
Cette mécanique financière s’appuie sur une infrastructure opérationnelle décentralisée. Timbuktoo ne fonctionne pas comme un fonds centralisé. Mais comme un réseau de hubs sectoriels spécialisés. Chaque hub développe une expertise verticale.
Le Fintech Hub de Lagos illustre cette approche sectorielle. Il a sélectionné 42 startups pour sa première cohorte. Investi plus d’1 million de dollars. Les startups accompagnées incluent Nilpay Inc, Nobuk Africa, Oystr Finance, Pay Lesotho et Periculum Technologies.
Le HealthTech Hub de Kigali adopte une approche similaire. Quinze startups accompagnées et 500 000 dollars d’investissement. Son focus sur télémédecine, diagnostics digitaux et supply chain pharmaceutique répond aux défis sanitaires africains spécifiques.
Le GreenTech Energy Accelerator se concentre sur les solutions d’énergie renouvelable adaptées aux besoins africains. Génération, stockage, accès énergétique et efficacité énergétique constituent ses domaines d’intervention.
Cette approche sectorielle permet un accompagnement spécialisé et la création d’écosystèmes verticaux robustes. Chaque hub développe une expertise technique, réglementaire et commerciale dans son domaine.
Timbuktoo innove également dans ses méthodes d’évaluation et de sélection. L’initiative privilégie l’impact social mesurable autant que la rentabilité financière. Cette approche reconnaît que l’innovation africaine doit résoudre des problèmes sociétaux tout en créant de la valeur économique.
La géographie du financement
Alors, où va l’argent? Comment cette géographie évolue. Parce que là aussi, nous assistons à des changements majeurs.
Les « Big Four » – Nigeria, Afrique du Sud, Égypte et Kenya – continuent de dominer le paysage du financement africain. Ces quatre pays ont capté 67% du financement total en 2024. La concentration sur ces 4, bien que toujours importante, marque un recul par rapport aux 79% de 2023. Une baisse de 12 points signalant une diversification géographique en cours.
Le Nigeria a repris son leadership. 520 millions de dollars en equity funding. Une hausse de 11% par rapport à 2023. Cette performance s’explique partiellement par des megadeals comme celui de Moniepoint. Mais l’écosystème nigérian démontre une robustesse qui dépasse les succès individuels. Le pays a construit une infrastructure entrepreneuriale complète. Incubateurs, accélérateurs, investisseurs locaux et talents techniques.
L’écosystème nigérian bénéficie également d’effets de réseau puissants. Les succès passés attirent de nouveaux talents et capitaux. Les entrepreneurs expérimentés deviennent mentors et investisseurs. Même leurs échecs génèrent des apprentissages qui profitent à l’ensemble de l’écosystème. C’est la force du nombre.
L’Afrique du Sud présente un profil différent. 459 millions de dollars levés, en baisse de 16%. Soixante-sept deals conclus, soit 19% de moins qu’en 2023. Un seul megadeal a sauvé le marché sud-africain d’une chute de 69%. Cela illustre la dépendance aux succès exceptionnels.
La situation sud-africaine souligne les défis des écosystèmes matures. Le pays dispose d’infrastructures développées et d’un marché financier sophistiqué. Mais cette maturité peut crée aussi des rigidités qui limitent l’innovation disruptive. Les entrepreneurs sud-africains excellent dans l’optimisation de modèles existants mais peinent parfois à inventer des solutions radicalement nouvelles.
L’Égypte se distingue par une dynamique inverse. Une croissance remarquable de 48% en nombre de deals. Cette explosion signale un renouveau énergétique de son écosystème entrepreneurial. Le pays sort d’une période de turbulences politiques et économiques qui avait freiné l’innovation. La stabilisation progressive libère l’énergie entrepreneuriale accumulée.
Le Kenya confirme sa position de hub financier régional. Il mène le debt funding avec 38% du total continental. Une spécialisation qui reflète la sophistication de son secteur financier et sa capacité à structurer des instruments de financement complexes. Nairobi s’impose comme la capitale du financement alternatif en Afrique de l’Est.
Mais voici ce qui m’enthousiasme le plus! Au-delà des Big Four, des marchés émergents affichent des croissances spectaculaires. L’Ouganda explose avec +304,17% de croissance année après année. La Tanzanie suit avec +107,74%. Le Ghana affiche +56,39%. Des croissances à trois chiffres. Preuve de l’émergence de nouveaux hubs secondaires.
Des marchés secondaires moins saturés en termes de concurrence entrepreneuriale. Aux barrières à l’entrée plus faibles! Avec des loyautés client prévisionnelles plus fortes une fois établies! Mais ces marchés nécessitent néanmoins des approches adaptées. Ils affichent des cycles de vente plus longs. Avec des besoins de formation plus importants. Et disposant d’infrastructures moins développées.
Seuls trois pays au-delà des Big Four dépassent le seuil de 50 millions de dollars en equity funding. Le Ghana, le Maroc et la Tanzanie. Cela cache un dynamisme croissant dans des marchés de taille intermédiaire. Ces pays développent des niches d’excellence sectorielles qui attirent des investissements spécialisés.
L’Afrique francophone mérite une attention particulière dans cette analyse géographique. Elle représente 55% du financement total dans le groupe « reste de l’Afrique ». Ce pourcentage, en baisse par rapport aux 68% de 2023, masque une opportunité majeure. Nos marchés francophones restent sous-financés par rapport à leur potentiel démographique et économique.
Cette sous-représentation s’explique par plusieurs facteurs structurels. Les écosystèmes francophones sont moins connectés aux réseaux d’investissement internationaux, traditionnellement anglophones. Les barrières linguistiques limitent l’accès aux capitaux et aux expertises. Nos cadres réglementaires, souvent hérités de l’époque coloniale, freinent l’innovation.
Mais cela change! Plusieurs fonds spécialisés émergent pour corriger ces déséquilibres. Saviu II Fund cible spécifiquement l’Afrique francophone avec 13 millions de dollars. Joliba Capital Fund I se concentre sur l’Afrique occidentale et centrale francophone pour les entreprises en phase de croissance, avec 59 millions de dollars.
Il y a la reconnaissance que l’Afrique francophone nécessite des approches adaptées à ses spécificités linguistiques, réglementaires et culturelles. On assiste à un abandon progressif de l’approche pan-africaine indifférenciée pour des stratégies contextualisées.
Bref, la diversification géographique s’accélère.
La domination de la fintech
Parlons maintenant du secteur qui domine tous les autres. Celui qui attire 60% des investissements africains. La fintech.
Les chiffres de 2024 confirment cette hégémonie. Sur les 3,2 milliards de dollars investis en Afrique, 1,9 milliard de dollars sont allés à la fintech. Une proportion qui place le continent en tête mondiale pour la concentration sectorielle.
La fintech africaine ne se limite plus aux paiements mobiles. Certes, M-Pesa reste l’icône du secteur. Mais regardez l’évolution! Les entrepreneurs africains développent maintenant l’ensemble de l’écosystème financier digital. Néobanques, lending, assurance, investissement, crypto.
Moniepoint et TymeBank, les deux nouvelles licornes illustrent parfaitement cette sophistication croissante.
Djamo, une néobanque B2B ivoirienne, a levé $17 millions en 2024, un record pour la fintech francophone. Son focus? Les entreprises ivoiriennes qui importent et exportent vers l’Europe et l’Asie. Son révèle la spécialisation croissante de la fintech africaine.
Mais ce qui m’enthousiasme le plus c’est que la fintech africaine commence à exporter son expertise. Wave, la licorne sénégalaise, s’étend en Côte d’Ivoire et au Mali. Flutterwave traite des paiements dans 34 pays africains.
L’innovation africaine en fintech dépasse maintenant la simple adaptation. Prenez les solutions de crédit basées sur les données alternatives. Les fintechs africaines analysent les historiques de mobile money, les données de géolocalisation, les réseaux sociaux pour évaluer la solvabilité. Ces approches, initialement développées pour contourner l’absence d’historiques de crédit, inspirent maintenant les fintechs mondiales.
Wave mise sur les transferts d’argent transfrontaliers. Les systèmes bancaires traditionnels africains rendent ces opérations coûteuses et lentes. Wave a développé une solution digitale qui réduit drastiquement les coûts et les délais.
OPay adopte une approche différente avec ses super-apps qui combinent paiements, transport et commerce. Cette stratégie exploite la faible spécialisation des services digitaux africains pour créer des plateformes intégrées.
Ces innovations par les contraintes africaines créent des solutions uniques. Difficiles à répliquer par des acteurs externes. Ces fintech développent des avantages concurrentiels durables basés sur leur compréhension fine des réalités locales.
La sophistication croissante du secteur dépasse désormais les simples paiements. Les néobanques comme TymeBank proposent des écosystèmes financiers complets. Comptes, épargne, crédit et assurance.
Les plateformes de crédit illustrent une autre dimension de cette sophistication. Des entreprises comme Tala ou Branch utilisent l’intelligence artificielle pour scorer les populations sans historique bancaire. Elles analysent des données alternatives pour évaluer la solvabilité.
Cette capacité à servir les populations exclues du système bancaire traditionnel crée des marchés entièrement nouveaux. Les fintech africaines ne se contentent pas de digitaliser des services existants. Elles inventent des services pour des populations qui n’y avaient jamais eu accès.
L’attraction d’investisseurs internationaux majeurs légitime cette dynamique. Google a investi dans Moniepoint. Nubank mène la levée de TymeBank. Ces validations par des géants technologiques rassurent les investisseurs plus conservateurs.
La fintech africaine développe également des solutions que l’Occident commence à étudier pour ses propres marchés émergents. Les modèles d’agents, les systèmes de scoring alternatif ou les super-apps inspirent des innovations dans d’autres régions. L’Afrique passe du statut d’importateur à celui d’exportateur d’innovations financières.
En fin de compte, la fintech africaine rayonne réellement.
La montée en puissance de la technologie climatique
Quel secteur attire de plus en plus l’attention des investisseurs internationaux? Vous l’avez bien imaginé: le climate tech.
Les chiffres de 2024 révèlent une tendance remarquable. Dix-sept pour cent des startups financées appartiennent au secteur climatique. Une proportion qui place l’Afrique en avance sur d’autres régions émergentes. Ces entreprises inventent des approches spécifiquement adaptées aux réalités du continent.
Octavia Carbon, une startup kényane, développe des technologies de capture directe de CO2 dans l’air. En utilisant l’énergie géothermique abondante du Rift Valley. Transformant un avantage géologique africain en solution climatique mondiale.
L’entreprise a levé $5 millions en 2024 auprès d’investisseurs comme Lateral Frontiers et Climate Capital. Sa technologie combine machines de capture et stockage souterrain permanent. L’objectif? Retirer 1000 tonnes de CO2 de l’atmosphère d’ici 2025.
Mais le plus brillant dans leur approche… L’entreprise développe un modèle économique basé sur les crédits carbone premium. Elle vend ces crédits aux entreprises occidentales cherchant à compenser leurs émissions. Résultat: des revenus récurrents rendant la solution climatique rentable.
d.light, une entreprise qui révolutionne l’accès à l’énergie dans les zones rurales, fondée en 2007, a levé 300 millions de dollars cumulés et sert plus de 150 millions de personnes à travers l’Afrique et l’Asie.
Leur approche: Au lieu de déployer des réseaux électriques coûteux, développer des systèmes solaires domestiques abordables. Lampes solaires, kits d’éclairage, systèmes de charge pour téléphones. Des solutions qui contournent l’infrastructure traditionnelle pour créer un accès direct à l’énergie propre.
Dans le secteur de l’agriculture climatique intelligente, des startups comme Farmerline au Ghana développent des plateformes digitales qui aident les agriculteurs à s’adapter au changement climatique. Prévisions météorologiques précises, conseils agronomiques personnalisés, accès aux marchés. Des services qui augmentent les rendements tout en réduisant l’impact environnemental.
Le financement du climate tech africain évolue également. Des fonds spécialisés émergent, comme le Mirova Gigaton Fund dédié aux énergies renouvelables africaines. Il y a une compréhension que l’Afrique ne subit pas seulement le changement climatique. Le continent développe des solutions qui peuvent inspirer le monde entier.
Une révolution verte à l’africaine en cours…
Les secrets de réussite
C’est donc quoi la différence? Qu’est ce qui distingue les entreprises qui réussissent les levées de capitaux des autres?
L’analyse des succès entrepreneuriaux de 2024 révèle des schémas récurrents. La réussite n’est pas un hasard. Elle résulte de stratégies délibérées qui exploitent les spécificités africaines.
Premier schéma: la maîtrise profonde du marché local. Les entrepreneurs qui attirent les capitaux ne se contentent pas d’adapter des modèles existants. Ils développent une compréhension intime des dynamiques socio-économiques, culturelles et comportementales sur leurs marchés spécifiques.
Cette maîtrise crée des barrières à l’entrée naturelles. Un concurrent international de Moniepoint aura du mal à répliquer un réseau de 200 000 agents sans investir des années dans la compréhension du marché nigérian.
Deuxième schéma: l’hybridation digital-physique. Toutes les réussites africaines de 2024 combinent éléments digitaux et physiques dans leurs modèles. Cette hybridation répond à la réalité locale. Les populations africaines sont en transition vers le digital mais conservent des habitudes et préférences pour certaines interactions physiques.
Troisième schéma: l’alignement entre opportunités business et impact social. Les entrepreneurs qui réussissent ne considèrent pas l’impact social comme une contrainte. Ils l’intègrent comme un élément central de leur proposition de valeur.
Moniepoint améliore l’inclusion financière tout en générant des profits. TymeBank démocratise l’accès aux services bancaires tout en construisant un modèle économique viable. Cette convergence répond aux attentes des investisseurs d’impact de plus en plus présents sur le continent.
L’AVCA note que 34% des startups africaines levant leur premier round se concentrent sur des solutions à impact social. L’impact est devenu une obligation pour attirer certains types de capitaux.
Quatrième schéma: la vision régionale. Les réussites pensent à l’expansion continentale dès le départ. TechCabal révèle que ces startups ont pénétré 38 nouveaux marchés en 2024, soit plus du double des 16 marchés de 2023. Une expansion agressive qui répond à une logique économique: les marchés nationaux africains sont trop petits pour justifier des valorisations importantes.
Le Nigeria mène cette expansion avec 47% de toutes les expansions. Le pays utilise sa taille comme tremplin vers d’autres marchés. Le Kenya se positionne comme hub d’expansion préféré pour l’Afrique de l’Est grâce à ses infrastructures et sa stabilité réglementaire.
Cinquième schéma: la patience et la persévérance. Moniepoint a mis neuf ans pour atteindre le statut de licorne. Cette durée, supérieure aux moyennes occidentales, révèle la réalité africaine. Les cycles d’innovation sont plus longs mais les positions, une fois établies, sont plus durables.
Il faut apprendre la patience. Entrepreneurs, comme investisseurs. Apprendre à construire sur le long terme. Les success stories africaines récompensent la persévérance plus que la vitesse pure.
C’est cela l’ADN entrepreneurial africain.
Les défis qui révèlent les opportunités
Quelles sont les failles du continent? Ce qui freine mais cache des opportunités pour les entrepreneurs avisés.
L’écosystème entrepreneurial africain fait face à des défis structurels. Mais chaque défi révèle paradoxalement une opportunité pour ceux qui savent la saisir.
La parité de genre est l’un de ces défis. Partech révèle une détérioration en 2024. Seulement 18% des deals et 7% du financement sont allés à des startups fondées par des femmes. Des chiffres qui reculent par rapport à 2023.
La sous-représentation féminine ne reflète pas un manque de talent ou d’ambition. C’est le résultat de biais systémiques dans les processus de financement africains. De réseaux d’investissement majoritairement masculins. De stéréotypes persistants sur les capacités entrepreneuriales féminines.
Mais regardez! Cette situation constitue paradoxalement une opportunité pour les investisseurs et entrepreneurs qui savent la saisir. Des fonds comme Wic Capital se spécialisent sur les entrepreneuses africaines avec 1 million de dollars dédiés au Sénégal et à la Côte d’Ivoire.
L’agritech fait exception avec une parité de genre atteinte en financement. Il y a une suggestion que certains domaines sont plus inclusifs que d’autres.
Le financement par dette est un autre défi. Bien qu’il constitue 31% du total des 3,2 milliards de dollars levés en 2024, ce financement reste contraint. La plupart des dettes sont libellées en dollars avec des taux d’intérêt élevés. Il y a des risques de change et des coûts de financement prohibitifs.
Paradoxalement, c’est une opportunité pour des fonds spécialisés en debt financing adaptés aux réalités africaines. Des initiatives comme celle de Wave, qui a levé 137 millions de dollars en debt funding, montrent la voie.
L’absence relative de l’Afrique dans le boom de l’intelligence artificielle est un défi majeur. L’IA représente 30% du financement VC mondial. L’Afrique n’en bénéficie pas encore. Le développement d’applications IA adaptées aux besoins locaux est une opportunité exceptionnelle.
Des domaines comme l’agriculture de précision, la santé ou l’éducation personnalisée offrent des terrains d’application naturels pour l’IA en contexte africain.
Chaque défi cache une opportunité.
L’investissement africain: réalité tangible et opportunités structurelles
Revenons à l’essentiel. À cette question qui nous hante.
Les chiffres de 2024 ne laissent plus place au doute. L’Afrique attire, mobilise, structure des flux de capitaux à une échelle. Avec une sophistication qui contredit les récits encore dominants.
Plus un désert financier. Mais une terre d’expérimentation, d’ingéniosité stratégique et d’architectures de financement inédites. Plus besoin de plaire aux modèles importés. Nous construisons les nôtres, en accord avec les complexités locales. Et c’est précisément ce réalisme-là, souvent dérangeant pour les observateurs extérieurs, qui devient notre force.
Ce que révèlent Moniepoint, TymeBank, Timbuktoo, ou tous ces fonds disponibles pour l’Afrique, c’est une inflexion narrative. Un basculement. L’Afrique entrepreneuriale n’est plus en attente de validation. Elle crée ses propres standards. Elle redéfinit ses critères de réussite et commence à exporter ses innovations.
La vraie question n’est donc plus de savoir si l’investissement en Afrique existe. Il est là, multiple, structuré, en mouvement. La vraie question, désormais, c’est: comment allez-vous, en tant qu’entrepreneur, y accéder? Qu’êtes-vous prêt à comprendre, à déconstruire, à réinventer pour devenir visible dans cet écosystème en pleine accélération?
Parce que le continent n’attend personne. Il avance avec ceux qui le lisent à sa juste complexité. Et pour ceux-là, les portes s’ouvrent.
Alors maintenant, souhaiteriez-vous approfondir votre compréhension des mécanismes de levée de capitaux? Partagez vos réflexions en commentaire.


