Pourquoi les industries artisanales n’évoluent-elles pas en Afrique 

D’où je viens, les industries artisanales foisonnent : production de vin, couture, savonnerie artisanale, cordonnerie, etc. Malheureusement, pour la plupart, ces industries n’ont jamais évolué depuis que je les connais.

Toujours le même petit kiosque, jamais embauché de personnels, les mêmes outils, etc. Ce sont pourtant des entreprises qui fonctionnent, qui ont une clientèle un revenu et réalisent des profits.

Sous d’autres cieux, ces mêmes activités ont donné naissance à de grandes compagnies : grande brasserie, vêtements de marque, chaussures de marque, ligne de produits cosmétiques, etc.

Cet article est une étude des 5 principales raisons pourquoi ces entreprises stagnent et ne croissent pas. En fin d’article, je suggère un concept de business y associé pour vous.

Etablir des stratégies de progrès

Beaucoup d’entreprises demeurent au stade artisanal parce qu’elles ont été mises sur pieds pour des besoins de survie. Par conséquent, elles évoluent comme tel : au jour le jour. Ces entrepreneurs devraient commencer à considérer leurs structures, non plus comme des « bricoles » de subsistance, mais plutôt comme des entreprises et mettre en place des stratégies de croissance et des objectifs. Ils peuvent être d’ordre productif, structurel, marketing, ou financier.

Planification (Ou veut-on être dans 5 – 10 ans ?)

La planification est l’organisation, dans le temps, de la réalisation des objectifs. Ainsi, une entreprise doit se faire des objectifs écrits, et en fixer des délais de réalisation. C’est en planifiant que l’on arrive à mettre en place des stratégies et ressources nécessaires pour atteindre les objectifs. C’est grâce à un document de planification, généralement un business plan, que l’entrepreneur est capable de mesurer le progrès de son entreprise. Malheureusement nos industries artisanales fonctionnent sans plan. Elles évoluent au jour le jour ; ne projettent pas, du moins sur papier, des activités futures. Sans objectifs et records, on ne saurait mettre des efforts à croître.

Développer le produit, le service, ou bien les compétences

C’est surprenant de savoir qu’il y a des cordonniers qui réparent des chaussures depuis trente ans, mais ils n’en ont jamais confectionné une paire. Ce n’est pas qu’ils en soient incapables. Le problème est qu’ils n’en ont pas l’idée, le plan et le rêve de conduire leur business vers une étape supérieure. Les industries artisanales devraient travailler à développer leurs produits, leurs services ou encore leurs idées. Il s’agit de travailler à l’amélioration qualitative et quantitative du produit ou service ; l’amélioration de la présentation du produit ou service ; la production de nouveaux produits ; et l’innovation dans la façon de faire.

  • L’industrie du vin peut créer de nouvelles recettes : Par exemple réduire les degrés d’alcool pour certains produits, en augmenter pour d’autres ; ajouter des ingrédients tels que des plantes dans certains et ne pas ajouter dans d’autres. Il est aussi très important de stabiliser les gout et « force » des différents produits pour livrer au consommateur le même exact produit qu’il a consommé quelques jours ou mois plus tôt. Il est aussi important de varier les aromes pour chaque groupe de produits. Pour se faire, il est important d’user des outils de mesure et de prendre notes des différentes recettes réussies pour les archives de l’entreprise. La conservation est aussi un grand souci. En générale, les vins sont conservés dans des bidons à des températures incontrôlées et dans des conditions hygiéniques criardes, quelques fois ouverts. La mise en bouteille sera d’un apport considérable dans l’industrie traditionnelle du vin en Afrique.
  • L’industrie du savon peut aller sur les mêmes traces que celle du vin : Multiplier des recettes en variant les huiles et aromes dans le processus de fabrication. Il existe de nombreuses plantes guérissantes en Afrique ; les utiliser dans certaines recettes ; varier les formes des savons : carré, rectangulaire, ovale, rond, liquide, poudre ; augmenter le temps de cure. Encore une fois, utiliser des outils de mesure et prendre notes. Par ailleurs, si l’on s’en sort pas mal dans la production de savons, il devient un peu plus facile de créer une ligne de produits cosmétiques : laits, lotions, crèmes de beauté, couleurs à lèvre, fonds de teint, parfums, etc.
  • L’industrie de chaussures est très fructueuse si l’on si met. Les cordonniers artisanaux ne devraient pas avoir des difficultés à produire des chaussures et conduire leur business en avant. Tout ce dont ils ont besoin c’est de prendre le temps d’étudier les différentes matières premières à leur disposition et l’Afrique en est très riche, et de design. Un bon cordonnier est un bon designer et SoleRebels l’a compris. Cette entreprise fabrique des chaussures qui sont exportées en Europe et en Amérique, à base de déchets de pneus. Les peuples d’Afrique sont très sensibles au flashions, a la sape et si vous emmener de jolis designs, vous pouvez très vite réussir dans cette industrie. Un cordonnier voudra bien ajouter sur la liste de ses productions, les sacs à mains, les porte-monnaie, les ceintures.
  • L’industrie de la couture comme celle voisine de la cordonnerie nécessite un bon designer pour décoller. A l’époque ou le phénomène de la sape devient populaire dans toutes les villes africaines, les couturiers africains disposent d’une merveilleuse opportunité de s’exprimer. Concevoir des tenues « good looking », dans les normes de la couture moderne, l’étude des tissus et la compréhension des tendances sont les grands défis dans cette industrie. En dehors des tenues, produire des accessoires comme des cravates, des écharpes, des foulards, des chapeaux, etc.

Marketing

Les industries artisanales n’ont aucune politique d’expansion. Elles se contentent de leur clientèle actuelle. Le but principal du marketing est d’augmenter les ventes dans une entreprise. Il met en place des stratégies pour atteindre de nouveaux marchés et attirer plus de consommateurs. Simple logique : si vos produits ou services sont appréciés dans une ville, elles le peuvent dans d’autres localités ; mais c’est à vous de les y introduire. C’est sûr que des produits similaires existent déjà sur ces nouveaux marchés ; il faut donc travailler à s’imposer en présentant autrement les mêmes produits : emballage, qualité, goût. L’objectif est de devenir leader national dans ladite industrie.

La présentation des produits est un grand souci en Afrique. Comment les industries artisanales peuvent-elles faire face à la concurrence des mêmes produits importés qui sont bien designés, emballés, décrits ? Il faut utiliser les mêmes stratégies : créer des marques, des logos attirants qui apparaissent clairement sur des emballages qui peuvent être des tissus, du papier, du plastique ou des bouteilles pour les produits liquides. La mise en bouteille justement, est la pire des hontes dans l’industrie du vin. Le vin traditionnel africain est vendu dans des bidons, calebasses ou des bouteilles d’un litre. La mise en bouteille règle deux problèmes cruciaux : une bonne et durable conservation et la promotion. Varier également les tailles et capacités des récipients.

Gestion des finances

Parce qu’il n’y a pas d’objectifs, ni de plans, les finances ne sont pas contrôlées. Les entrepreneurs artisanaux font l’erreur fatale de confondre leur compte d’entreprise à leur compte privé. Ce sont deux comptes complètement différents. L’entreprise ne devrait pas directement payer les factures   personnelles ou les frais de scolarité des enfants. Il est sage de se faire un salaire en tant que propriétaire de l’entreprise et se discipliner dans l’usage de ce salaire. Si l’on continue à utiliser l’argent de  l’entreprise pour des dépenses privée et les choses qui ne contribuent pas à la croissance de l’entreprise, on ne peut évoluer.

L’autre erreur est qu’ils confondent généralement le revenu et le bénéfice : Le revenu, c’est de l’argent résultant des ventes ; ce sont les entrées. Le bénéfice est la différence entre le revenu et les sorties. Le fait est que, ce n’est pas parce que l’on vend beaucoup que forcement on réalise des profits. Pour être surs des profits d’une entreprise, il est très important de noter toutes les entrées et sorties de l’entreprise et tenir des registres des finances. Ceux-ci fournissent des informations importantes et inestimables qui vous alertent des dangers financiers. Les bénéfices ne sont pas pour autant la propriété du fondateur de l’industrie. La meilleure et plus simple façon de faire croitre une entreprise est de réinvestir les bénéfices dans l’entreprise. Et si l’on continue à prendre des quantités disproportionnées des profits, l’entreprise restera faible, sans croissance, ni expansion.

Devenez facilitateur pour l’émergence des industries artisanales

Beaucoup d’industries artisanales ont été fondées et sont gérées par des individus qui simplement ignorent les stratégies d’expansion d’entreprise. Et c’est le principal souci pour ces industries. Elles nécessitent, soit des formations de base sur les aspects évoqués ci-dessus, soit être assistées des individus avec une expérience ou des connaissances managériales. C’est là que vous pourrez rentrer en action en mettant en place un centre d’appui aux industries artisanales. Votre mission, former et assister à propulser les PDG et leurs entreprises. Ceci est un business de service qui, en dehors de vos efforts et connaissances, n’exige pas un grand investissement financier. Vous pourrez trouver du sponsoring de votre gouvernement ou des ONG internationales. Les institutions financières comme la BAD offrent également des financements pour ce genre d’initiatives.

Vous pourrez aussi choisir une de ces industries et travailler en partenariat avec elle. Pendant que le fondateur se concentre sur la production et les opérations, vous faites des études de croissance en tant que manager administratif. Le grand effort est d’approcher l’industrie en question et lui faire comprendre votre idée.